Cloisonner un open space : les règles incendie

Cloisonner un open space : les règles incendie

Cloisonner un open space : ce que la sécurité incendie impose à votre projet

Le scénario est presque toujours le même. Le plan est validé par la direction, les équipes ont vu les perspectives, on a gagné six salles de réunion fermées et quatre focus rooms sur un plateau qui n’en avait aucune. Puis l’installateur sprinkler passe, mètre en main, et annonce que chaque nouvelle pièce demande ses propres têtes d’extinction. Le bureau de contrôle ajoute qu’un des couloirs créés forme un cul-de-sac trop long. Le budget prend un coup que personne n’avait chiffré.

Rien de tout cela n’est imprévisible. Les règles existent, elles sont écrites, et elles pèsent d’autant moins qu’on les intègre tôt.

Un plateau de bureaux est pensé comme un seul volume

La plupart des immeubles de bureaux parisiens récents ou rénovés sont livrés « en blanc » : un grand plateau ouvert, avec ses équipements de sécurité dimensionnés pour ce volume unique. Les sprinklers sont répartis selon une trame régulière au plafond. La détection, quand elle existe, couvre l’ensemble. Le désenfumage et les issues de secours ont été calculés pour une circulation libre d’un bout à l’autre.

Chaque cloison posée ensuite modifie cette géométrie. Pour des bureaux classiques, c’est le code du travail qui fixe les règles, aux articles R4216-1 et suivants pour la conception des locaux et R4227-1 et suivants pour les obligations de l’employeur. Si une partie des locaux reçoit du public, ou si l’immeuble est un immeuble de grande hauteur, des réglementations plus exigeantes s’ajoutent.

Cloisonner n’est donc jamais un geste neutre. Sur un plateau, chaque mur a des conséquences sur la sécurité du reste.

Chaque cloison fermée crée un local à protéger

C’est le point qui surprend le plus nos clients. Une cloison vitrée toute hauteur, même parfaitement transparente, arrête l’eau d’un sprinkler aussi bien qu’un mur plein. Les têtes installées dans l’open space ne protègent pas la salle de réunion qu’on vient de créer à côté d’elles.

Dans les immeubles sprinklés, les installations suivent en général le référentiel APSAD R1, établi par les assureurs. Il fixe la surface maximale couverte par chaque tête et la distance aux parois. En pratique, une nouvelle pièce fermée appelle souvent une ou plusieurs têtes supplémentaires, un piquage sur le réseau existant, parfois un recalcul hydraulique, et une déclaration de modification à l’assureur. Le même raisonnement s’applique aux détecteurs lorsque l’immeuble est équipé d’un système de sécurité incendie.

Toute hauteur ou sous faux plafond : un arbitrage à faire tôt

On peut arrêter une cloison sous le faux plafond et laisser le plénum continu. La pièce reste alors souvent protégée par le réseau au-dessus, à condition que le faux plafond le permette. Mais l’acoustique en souffre : le son passe par-dessus la cloison, et la salle de réunion devient une salle où l’on entend tout. Monter la cloison jusqu’à la dalle règle l’acoustique et déclenche l’adaptation incendie.

Il n’existe pas de bonne réponse universelle, seulement un arbitrage entre budget, confidentialité et sécurité, qui doit se faire avant le chiffrage. Nous le détaillons pour chaque type de paroi dans notre guide des cloisons vitrées et amovibles, et côté confort sonore dans notre article sur l’acoustique des bureaux.

Les cabines phoniques autoportantes posent la même question en plus petit. Une cabine fermée par un plafond est un volume que le réseau ne voit pas. Certains modèles sont conçus pour rester compatibles, d’autres non. La vérification se fait avant l’achat, avec l’installateur, comme nous le rappelions dans notre article sur les cabines acoustiques.

Les dégagements se recalculent à chaque nouveau plan

Le deuxième effet du cloisonnement porte sur l’évacuation. Le code du travail fixe des règles précises, que les plans d’architecte respectent rarement d’eux-mêmes.

Le nombre et la largeur des sorties dépendent de l’effectif, selon le tableau de l’article R4216-8. En dessous de 20 personnes, un dégagement d’une unité de passage suffit. De 51 à 100 personnes, il en faut deux. De 101 à 200 personnes, deux dégagements totalisant trois unités de passage. Une unité de passage mesure 0,60 m, mais un dégagement d’une seule unité doit en réalité faire 0,90 m de large, et 0,80 m dans le cas d’un aménagement d’immeuble existant.

L’article R4216-11 ajoute deux distances qui comptent beaucoup sur un plateau cloisonné. On ne doit jamais parcourir plus de 40 mètres pour atteindre un escalier, et les itinéraires d’évacuation ne doivent pas comporter de cul-de-sac de plus de 10 mètres.

Ce sont ces dix mètres qui piègent les projets. Une rangée de salles de réunion alignées le long d’une façade crée un couloir. Si ce couloir ne débouche que d’un côté, il devient un cul-de-sac, et sa longueur se mesure. Un banc d’accueil posé dans une circulation peut aussi réduire une largeur sous le minimum.

Un dernier point est souvent oublié : la densification. Passer au flex office ou ajouter des postes augmente l’effectif déclaré, et donc les dégagements exigés. Un plateau conforme pour 90 personnes ne l’est pas forcément pour 110.

Le bon réflexe consiste à tracer les cheminements d’évacuation sur le plan dès l’esquisse, avant de dessiner le mobilier.

Le désenfumage change quand un plateau se ferme

L’article R4216-13 impose un dispositif de désenfumage, naturel ou mécanique, dans les locaux de plus de 300 m² en étage, dans les locaux aveugles de plus de 100 m², en sous-sol au-delà de 100 m², et dans tous les escaliers.

Le cloisonnement peut faire basculer une zone d’un côté ou de l’autre de ces seuils. Le cas typique : on regroupe au centre du plateau, loin des fenêtres, un îlot fermé de focus rooms, de locaux de reprographie et de circulations. Si cet ensemble dépasse 100 m² sans aucune ouverture sur l’extérieur, il devient un local aveugle qui doit être désenfumé. À l’inverse, découper un grand open space en pièces plus petites modifie le schéma de désenfumage prévu à l’origine, qui doit être revu par le bureau d’études.

Le désenfumage fait partie des postes les plus coûteux à reprendre. Mieux vaut le connaître avant de positionner les pièces aveugles.

La signalétique et l’éclairage de sécurité suivent les nouveaux chemins

Une fois les cheminements modifiés, les blocs d’éclairage de sécurité et les panneaux de sortie doivent suivre. Un panneau « sortie » qui pointe vers ce qui est devenu une salle de réunion n’aide personne. Chaque nouvelle porte sur un itinéraire d’évacuation, chaque changement de direction dans un couloir doit être balisé, et les blocs doivent rester visibles depuis tous les points du plateau.

Ce lot paraît mineur. Il fait pourtant partie des réserves les plus fréquentes lors de la vérification après travaux.

Qui valide, et à quel moment

Trois acteurs interviennent sur ces sujets, et aucun ne remplace les autres.

Le bureau de contrôle vérifie la conformité du projet aux règles de sécurité, sur plans puis sur site. L’installateur sprinkler, mandaté par le propriétaire ou par l’occupant, conçoit les adaptations du réseau et les déclare à l’assureur. Le propriétaire de l’immeuble, enfin, a son mot à dire puisque le réseau sprinkler et le désenfumage lui appartiennent le plus souvent. Son accord passe par le bail, comme nous l’expliquions dans notre article sur les travaux dans des bureaux loués.

Si une zone de vos bureaux reçoit du public, l’aménagement relève en plus d’une autorisation de travaux instruite avec la commission de sécurité.

Dessiner avec l’incendie, pas après lui

Sur nos projets, la sécurité incendie entre dans la conversation au moment de l’esquisse, avec un premier passage de l’installateur sprinkler et du bureau de contrôle sur les plans d’intention. Ça ne bride pas le dessin. Ça permet de placer les pièces fermées là où le réseau est le plus simple à adapter, de garder des circulations qui bouclent, et de chiffrer juste dès la première offre.

C’est aussi ce qui permet de tenir un budget d’aménagement sans mauvaise surprise en cours de route. Un surcoût identifié en conception se négocie. Le même surcoût découvert en chantier se subit.

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FAQ

C’est une question à poser à l’installateur sprinkler et à l’assureur avant l’achat. Une cabine fermée par un plafond crée un volume que les têtes du plateau ne protègent plus. Certains modèles sont conçus pour rester compatibles avec le réseau existant, d’autres imposent une adaptation ou une validation spécifique.

L’article R4216-8 du code du travail fixe le nombre de dégagements selon l’effectif : un seul en dessous de 20 personnes, deux à partir de 51 personnes, avec une largeur cumulée qui augmente par tranche de 100 personnes au-delà. Entre 20 et 50 personnes, un dégagement principal complété par un dégagement accessoire est admis, sous conditions.

L’article R4216-13 du code du travail impose un dispositif de désenfumage dans les locaux de plus de 300 m² en rez-de-chaussée ou en étage, dans les locaux aveugles de plus de 100 m², dans ceux de plus de 100 m² en sous-sol, et dans tous les escaliers.

Non. Les zones recevant du public relèvent du règlement de sécurité des établissements recevant du public, plus détaillé que le code du travail, et toute modification de leur aménagement est soumise à autorisation de travaux. Les immeubles de grande hauteur ont également leur propre réglementation.